Bien plus qu’un ouvrage d’art le tunnel du Mont-Blanc est un trait d’union entre les peuples

11,6 km c’est la distance du tunnel du Mont-Blanc. Il franchit les Alpes sous le plus haut sommet d’Europe.
Aujourd’hui c’est un axe majeur de l’économie régionale, il facilite grandement la mobilité entre la France et l’Italie. Vecteur d’échanges économiques et culturels, bien plus qu’un ouvrage d’art le tunnel du Mont-Blanc est un trait d’union entre les peuples.


L’aventure a commencé en 1946 côtés italiens par le forage d’une galerie d’une centaine de mètres à peine. Sans aucune autorisation officielle quelque montagnard transalpin avait décidé que le percement d’un tunnel à cet endroit faciliterait grandement la circulation des biens et des personnes. Lorsque les autorités de l’époque eurent connaissance de ce projet ils intervenaient rapidement pour le faire cesser.
C’est donc en 1949 que le projet a officiellement démarrés par la signature d’une convention franco italienne prévoyant le percement d’un tunnel routier sous le Mont-Blanc. Plus exactement sous l’aiguille du Midi, 2000 m sous l’aiguille du Midi. Le tunnel du Mont-Blanc a été percé le 14 août 1962 à 11h30 précises, les ouvriers français et italiens purent alors s’embrasser. Preuve de la qualité des ingénieurs de l’époque il n’y avait que 13 cm de différence lors de la jonction. Symbole à l’époque de modernité et d’amitié entre les peuples le tunnel du Mont-Blanc fut pendant longtemps le plus long tunnel routier du monde.
Son entrée côté français se situe à Chamonix à 1274 m d’altitude et l’on ressort côté italien à 1381 m d’altitude, ce qui n’est pas sans poser de problème au niveau aérologique puisqu’en fonction de la température la pression atmosphérique peut générer des courants d’air puissant. Le tunnel n’est pas horizontal mais forme un V inversé afin de faciliter l’écoulement des eaux, il mesure 4,35 m de hauteur et 8 m de largeur. Il a officiellement été mis en service le 19 juillet 1965. Inauguré quelques jours auparavant par le président de la république française Charles-de-Gaulle et le président de la république italienne Giuseppe Saragat. « Le tunnel routier le plus long du monde qui, sous les montagnes les plus hautes d’Europe, relie deux nations déjà fraternellement unies. » C’est ce que déclara ce jour-là Charles De Gaulle.
Les méthodes utilisées pour le percement du tunnel ont été bien différentes du côté français et du côté italien. Côté français les ingénieurs ont mis au point une perforatrice surnommée Jumbo pesant 75 t et pouvant percer 16 trous à la fois pour placer les explosifs, côté italien le travail a été réalisé au marteau-piqueur sur des plates-formes en bois. 350 ouvriers, pour 4 600 000 heures de travail cumulé. Ce sont au total 550 000 m³ de roche qui ont été évacuées.
Depuis son ouverture à la circulation le tunnel du Mont-Blanc est en perpétuelle évolution. L’accident du 24 mars 1999 qui avait coûté la vie à 39 personnes suite à un incendie causé par un camion, a obligé les concessionnaires du tunnel à une profonde réorganisation des systèmes de sécurité et de secours. Suite à ce drame majeur le tunnel est resté fermé trois ans, durant lesquels les équipes techniques ont procédé à de longs travaux de réparation, réfection de la voûte et surtout amélioration de la sécurité. Le tunnel dispose aujourd’hui de niche tous les 100 m d’un poste de secours au centre du tunnel avec un véhicule lourd capable de faire demi tour dans le tunnel, et plusieurs pompiers présents en permanence dans ce local, les abris sont aujourd’hui reliés à une galerie d’évacuation indépendante située sous la chaussée, et d’une salle de commande unique côté français avec une deuxième salle de commande côté italien. Le tunnel a donc réouvert le 9 mars 2002 dans sa configuration actuelle.
Pas moins de 263 personnes y travaillent 365 jours par an et 24 heures sur 24. Les équipes franco italiennes sont toutes totalement bilingues afin de faciliter les échanges au quotidien. Sur un plan juridique et administratif c’est aussi un ingénieux montage puisque le tunnel est géré et exploiter à 50 % par la France et à 50 % par l’Italie et que malgré l’Europe, des choses aussi simples que la durée du temps de travail ne sont toujours pas harmonisées, le simple fait de faire les plannings de travail est déjà en soi un exploit. C’est le groupement européen d’intérêt économique du tunnel du Mont-Blanc (GEIE-TMB) qui chapeaute les deux sociétés exploitantes du tunnel ATMB du côtés français et SITMB côté italien. Malgré cette complexité le tunnel du Mont-Blanc assure un service public de qualité depuis plus de 50 ans. C’est une preuve supplémentaire que quand il y a une volonté, rien n’est impossible.
Avant le tunnel du Mont-Blanc il fallait parcourir 60 km de montagnes avec la fermeture des cols en hiver, ceci est très lointain et pourtant c’était la réalité de nos ancêtres.